Petite enfant,

Personne ne pouvait me sauver.
Personne ne le pouvait.
Je me suis éfondrée.
Une érosion aussi interminable qu’inéluctable.
Un ensevelissement intérieur aspirant cette lueur que certains tenaient pour espoir.
Ils ont tenté de me délivrer, ils s’y sont abimés les mains. C’était vain.

J’étais trop jeune pour décider de mourir, je le sais.
Mais l’ombre qui m’habitait était un foyer que je ne pouvais abandonner.
J’avais choisi la mort depuis trop longtemps pour faire marche arrière.
Et je ne voulais pas lutter.
Je voulais me laisser emporter comme un cercueil embarrassant. Qu’on me mette sous terre ou qu’on me brûle.

Il n’y a rien à comprendre.

Voici donc ma proposition.
Tu peux te haïr autant que je me suis détestée. Tu le peux.
Mais je veux te convaincre de ne pas le faire.
Un sacrifice suffit.
Puisque j’ai choisi la mort, prends le parti de la vie.
Je ne te laisse pas, certes, le plus facile.
Mais toi qui est disposée à la joie, embrasse-là de tout ton coeur.

Je sais que l’ombre t’appelle aussi. Je sais qu’elle brûle en toi. C’est ton héritage. Mais là où je l’ai laissée me consumer, laisse là t’animer et faire scintiller la prunelle de nos yeux noirs.

Vis.
J’étais la mort en sursis, sois l’enfant dans la vie.

H.

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